14.10.2010

Octobre 2010: Green IT, évolutions des acteurs majeurs de l'IT, e-Santé.

Aider les sociétés du monde Hi Tech à construire leur stratégie, définir les plans qui permettent de l’exécuter ou d’en améliorer les résultats et la lisibilité, au besoin contribuer à leur mise en oeuvre.

 

Dans ce numéro, je voudrais aborder rapidement plusieurs points :

-         les progrès de la Green IT,

-         le positionnement des grands fournisseurs IT, et l’impact sur les Intégrateurs

-         l’e-Santé

D’autre part, des salons viennent d’avoir lieu. C’est l’occasion de juger des progrès de telle technologie et surtout de tel usage.

 

  1. Green IT :

 

Bien sûr, au début, le Green IT n’était qu’un slogan : commercial pour les fournisseurs, politique pour des maîtres d’ouvrage, DG ou DSI, soucieux de s’afficher comme les meilleurs élèves de la classe.

L’état d’esprit général semble évoluer dans le bon sens. Il es temps, n’oublions pas que le monde des communications au sens large, réseaux fixes et mobiles, data centers et équipements terminaux, pèse plus de 5% de la facture énergétique mondiale.

Cependant, une des difficultés du sujet tient au fait qu’il faut une approche et des mesures globales. C’est un vrai progrès de travailler sur des Data Centers moins énergétivores, comme le font beaucoup de groupes. La dispersion de certaines applications et des données dans le « nuage », qui postule une économie d’échelle, où l’on est censé ne consommer que les ressources dont on a besoin à l’instant T, paraît elle aussi prometteuse … mais à condition que le surcroît de communications de données, qui implique toujours plus d’équipements de réseau eux-mêmes consommateurs d’énergie, ne vienne contrebalancer ce qu’on a gagné d’un côté.

De même, c’est bien d’éteindre les PC en quittant le bureau, mais ce serait encore mieux de résister au mécanisme infernal du trio Microsoft – Intel et consorts – fabricants de mémoires, qui sortent, l’un de nouvelles versions de plus en plus gourmandes en ressources, l’autre des puces plus rapides, le troisième des mémoires plus vastes, en poussant à la roue pour changer les PC toujours plus vite ce qui conduit à augmenter le trafic sur les réseaux bien au-delà des améliorations de fonctionnalités.

De ce point de vue, on peut saluer les recherches entreprises pour optimiser le fonctionnement des réseaux sur le plan énergétique. Menées pour le moment au niveau académique, voire de start up, ces travaux – qui tendront à améliorer le fonctionnement des équipements réseau, mais de fait, aboutiront aussi à limiter le nombre de ces équipements - seront-ils repris par les grands équipementiers, ou bien combattus par eux ?

 

  1. Bras de fer entre fournisseurs ?

 

Les derniers mois n’ont pas manqué d’annonces illustrant l’intégration grandissante des technologies informatique et telecom, et les mouvements des grands industriels du secteur. En téléphonie, le succès de l’iPhone, puis la montée en puissance du système Androïd de Google, sur un champ d’action auquel Microsoft se mêle désormais, consacrent la suprématie des industriels du software sur les fabricants classiques. Un peu plus loin, l’arrivée de l’iPad a été suivie d’une avalanche d’annonces, qui illustrent la vivacité du développement des tablettes qui vont succéder à terme aux PC portables et aux smartphones, donnant sans doute lieu au « communicateur universel » prédit par les auteurs de science-fiction.

Du côté du réseau, l’arrivée de CISCO sur le créneau des Data Centers à travers son offre UCS, a provoqué comme on pouvait s’y attendre la riposte de son ex-partenaire et désormais principal concurrent, HP. HP a racheté 3Com, puis 3PAR dans le stockage haut de gamme, et tout comme Cisco présente une offre globale allant des équipements réseau au cœur des data centers.

Pour Cisco, sa domination sur les équipements réseau guide une offre où les serveurs et les équipements de stockage deviennent des briques d’un réseau communicant étendu. HP, de son côté, procède de sa force sur ce qui constitue à ses yeux le cœur du besoin, le data center, les serveurs et le stockage, mais s’étend vers le réseau, en considérant que les besoins de ses clients boulimiques de données et d’applications vont être mieux satisfaits de cette façon.

Cisco conserve un avantage : son avance sur des créneaux spécifiques comme la sécurité des communications (encore qu’ils n’ont pas atteint, tant s’en faut, leurs objectifs dans ce domaine, où leur offre peine à convaincre les acheteurs), la téléphonie sur IP, plus récemment la visioconférence avec le rachat de Tandberg et l’arrivée de propositions pour les TPE et le grand public.

Mais la bataille n’est pas finie, puisqu’elle concerne même le domaine des tablettes, et que, fort de sa trésorerie, HP conserve une position d’acquéreur.

 

L’impact sur les Intégrateurs est potentiellement énorme : sauf exception, et malgré leur fréquent adossement à de grands opérateurs (dont témoigne encore l’acquisition récente de Dimension Data par NTT, un moyen pour ce dernier de sortir de son pré carré en se dotant de moyens de toucher de nouveaux clients notamment dans le monde anglo-saxon), ceux-ci subissent des conditions d’achat dictées par plus fort qu’eux. Quant à leurs clients, ils se demandent si les intégrateurs leur apportent assez de valeur ajoutée par rapport aux équipementiers et éditeurs dont ils assemblent et supportent les offres. Il n’est pas d’autre chemin pour les intégrateurs que d’apporter, sans cesse, des solutions plus innovantes, plus efficaces, plus proches des besoins business de leurs clients : se contenter de distribuer le catalogue des grands fournisseurs est, malgré les apparences, la plus risquée des stratégies – encore plus quand les fournisseurs se concentrent.

Un autre facteur joue : la montée en puissance d’acteurs issus du monde de l’ingénierie traditionnelle. Désormais beaucoup plus familiers de l’IP, ceux-ci sont de moins en moins de simples « tireurs de câble », ils commencent à offrir des prestations complexes tant dans les infrastructures réseau que dans certaines applications.

C’est donc encore une fois la capacité à bouger, à tirer plus vite partie de certaines innovations, à se doter de nouvelles compétences, qui fera la différence. Un intégrateur ne peut pas être un laboratoire, il se situe forcément là où la demande du marché est forte. Encore faut-il savoir prendre la vague quand elle enfle, non quand elle décroît.

 

  1. e-Santé :

 

L’e-Santé est à la mode dans tous les pays développés, mais justement cela ne doit pas être un phénomène de mode ou un simple débouché pour technologies en mal de clients !

Je prendrais l’exemple d’une société que j’aide, UBIQUIET, qui a développé des systèmes facilitant le maintien à domicile des personnes âgées, en particulier des personnes dépendantes. Son offre comprend plusieurs volets :

-         faciliter la communication avec les proches ;

-         maintenir le lien social en favorisant l’information sur les initiatives locales et le dialogue avec les nombreux organismes qui interviennent à cette échelle ;

-         suivre et analyser en permanence des « paramètres de vie et d’environnement », de manière à pouvoir déclencher à temps des interventions en cas de souci ;

-         faciliter la vie des personnes atteintes d’un début de confusion mentale en les aidant, très simplement, à suivre leurs prescriptions médicales et à exercer leur intellect ;

-         améliorer l’efficacité des intervenants à domicile ;

-         permettre de transférer régulièrement les résultats de mesure simples, telles que tensiométrie, tests de diabète … vers des acteurs de la santé connus des personnes.

Ce qu’apporte en plus cette société, dans son triple rôle de fournisseur, d’opérateur de données de santé, et de montage de partenariats avec différents acteurs du domaine, c’est son approche transversale : elle rassemble des propositions d’amélioration, de la vie des personnes, de leur suivi médical, de leur environnement relationnel, sur une technologie unique.

 

De plus, l’angle privilégié consiste à  rendre un service effectif, tant aux personnes âgées qu’à leurs proches et aux soignants. Et si, comme toute solution technologique elle se propose aussi de générer des économies pour le système de santé, la logique est de « faire mieux en dépensant globalement moins », plutôt que de faire des économies comptables.

 

C’est me semble-t-il l’occasion d’une réflexion sur les objectifs et les modalités d’une e-Santé efficace et « soutenable ». Trois dimensions sont en fait en jeu : technologique, financière, sociétale.

En matière de technologie, de nombreuses solutions, sans doute partielles, existent aujourd’hui. L’un des mérites d’UBIQUIET est de présenter un bouquet cohérent de solutions. Et on ne peut pas douter que ces développements vont se poursuivre.

Le financement est un autre sujet. Le système français de Sécurité Sociale est organisé autour de l’acte médical, censé être effectué par un praticien identifié. Les actes « partagés », comme ce serait le cas lors de télédiagnostic ou de télé expertise (un acteur médical demande son avis à un centre d’expertise distant), mettent en difficulté le schéma habituel. Les reconnaître, et donc assumer leur coût et le partage de ces coûts entre les différents intervenants, est nécessaire (les rapports ne manquent pas à ce sujet), d’autant que cela serait en fait source d’économies : les expériences menées en France et à plus vaste échelle ailleurs, par exemple en Scandinavie, montrent qu’environ 50% des hospitalisations liées à un incident traumatologique peuvent être évitées ! De même, dans le cas du maintien à domicile, la possibilité offerte par UBIQUIET de suivre à distance des paramètres médicaux et de n’intervenir qu’en cas de dérapage de ceux-ci, est un facteur d’économie globale, mais il faut que les personnels de santé qui jouent un rôle dans ce suivi voient leur activité valorisée.

 

Mais il me semble que les aspects sociétaux sont de loin les plus importants : les technologies de e-Santé vont-elles insidieusement réduire encore le champ des relations humaines, du lien social ? avec moins de relations avec les soignants, moins de communication entre personnes âgées et leur entourage … Ou bien à l’inverse vont-elles rendre ces soins plus efficaces (donc moins coûteux à terme pour la collectivité) et favoriser l’insertion des personnes âgées dans la société ?

 

On retrouve finalement le même débat dans bien des domaines. Dès lors qu’il s’agit du tissu social, la technologie si elle ne vise en réalité qu’à économiser à court terme des moyens humains, se révèle au mieux inefficace, au pire porteuse de dérives inquiétantes et in fine de coûts cachés bien supérieurs. Alors que, si elle vient à l’appui d’interventions humaines judicieuses, elle peut être facteur d’amélioration et de vraies économies globales.

 

  1. Vu au salon :

 

Les journées ITIForums en juin dernier : beaucoup de sujets autour du Green IT. Notamment en ce qui concerne l’aménagement des Data Centers, mais aussi les progrès en matière de normalisation internationale.

 

Vu à ODEBIT en septembre : alors que les collectivités locales maintiennent leur engagement en faveur du haut débit, que les réseaux haut débit se répandent, les applications se multiplient. Riches en termes d’emplois qualifiés, elles sont en train de passer de l’espoir à la vraie vie. Quelques exemples : des échanges de documents « riches » entre établissements de santé, la démocratisation de la visioconférence, la mutualisation de la fabrication sous commande numérique à distance en faveur d’un tissu de PME, l’utilisation de la vidéo dans la gestion urbaine …

 

Écrire un commentaire